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Ce blog va se développer petit à petit, au fil de mes lectures, du temps dont je dispose, et de mes réflexions. Quoi qu'il en soit, il n'a pas la prétention d'être un panorama complet du polar.
Aussi, ne vous étonnez pas, et ne vous indignez pas non plus, si vous n'y trouvez pas de référence à certains auteurs importants, certains romans phares...

On pourrait dire que cet espace est une sorte de laboratoire de réflexion sur le "genre polar".
Je vous livre quelques idées, et les votres en retour sont les bienvenues.
Tout ceci avec l'objectif non pas de comparer nos cultures en matière de polar, de savoir qui en a le plus lu ou qui connait le mieux la biographie de Chandler et Hammett, mais bien d'échanger sur ce genre, de l'analyser en profondeur, et de faire le lien entre cette forme littéraire et la réalité du monde qui nous entoure.

Jeudi 18 octobre 2007
Une des questions que je me suis posée récemment était celle de l'addiction.
Savoir si j'étais dépendante à la lecture.
Si j'aurais des symptômes de manque après un arrêt prolongé de lecture.

La seule manière d'avoir la réponse à cette question, c'était d'essayer.
C'est donc ce que j'ai fait, et j'ai observé des processus assez intéressants pendant cette expérience.

D'abord, j'ai observé que quelque chose en moi se cabrait à l'idée simplement de ne pas lire pendant quelque temps.
Comme si, dans une espèce de course contre la montre (ou la mort), il me fallait lire, lire, lire, parce que je lisais non seulement pour lire (parce que ça faisait partie de mon "habitus", je crois que c'est comme ça que disent les sociologues, également parce que j'y trouvais du plaisir, etc...), mais aussi pour "avoir lu".

"Avoir lu" ça signifie plusieurs choses :
- ça signifie être dans une démarche d'engranger de la connaissance ou du savoir
- ça signifie aussi pouvoir en parler, donc se valoriser au travers de ça
- en conséquence ça situe donc socialement, et culturellement : savoir plein de choses, connaître plein de choses
- enfin, en lien avec ça, ça situe socialement par le fait de se considérer et s'afficher comme un lecteur, statut qui a une certaine aura dans certaines sociétés, notamment en France.

Alors l'idée de ne pas lire dérangeait toute cette petite mécanique qui fonctionnait en back ground depuis bien longtemps sans que je m'en rende vraiment compte.
Je me suis donc sentie mal, ça a été la première sensation.
Le "mal" de quand quelque chose remue, vient bousculer notre petite routine bien réglée, quand nous sommes obligés de constater la fixité et parfois l'absurdité de notre mode de fonctionnement.

Et puis, assez vite heureusement pour mon moral :D, je suis passée là-dessus pour entrer dans l'expérience elle-même.

(Suite au prochain épisode.... ;) )
par Sophie publié dans : Comportements de lecture
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Jeudi 18 octobre 2007
Dans l'ensemble des réflexions de cette rubrique, il est bien évident que je parlerai de mon rapport à la lecture, non par narcissisme, mais parce que l'objet d'étude et de réflexion le plus accessible et le plus fiable pour moi sans faire de suppositions ou projections, c'est moi-même.

Donc je ne prétends évidemment pas faire un portrait général de la lecture qui s'appliquerait à tous.
Je me propose simplement de me pencher sur mon propre cas, c'est à dire celui d'une histoire personnelle dans laquelle la lecture est très présente, pour regarder tout ça d'un peu plus près, questionner ce qui a semblé évident pendant longtemps, remettre à plat les choses, démonter la mécanique, observer etc...

N'ayant jamais fait ce "travail"-là auparavant, je n'ai absolument aucune idée de là où ça m'emmènera. On verra bien.

Quoi qu'il en soit, peu importe la destination, car il me parait utile, voire urgent, aujourd'hui pour moi de questionner mon rapport à cet élément qui semble constitutif de ma vie : la lecture.
par Sophie publié dans : Comportements de lecture
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Mardi 18 septembre 2007
Une nouvelle rubrique en gestation/réflexion pour ce blog, une rubrique abordant les "comportements de lecture".

Je suis lectrice depuis aussi loin que je me souvienne, et jusqu'à maintenant je n'avais jamais remis ça en question. Ca faisait partie de mes "fondamentaux", de mes piliers, des choses évidentes.

Mais l'évidence est trompeuse parfois, et surtout elle peut être enfermante.
Il n'est rien qui ne puisse jamais être remis en question, réfléchi, observé avec un certain recul.

Alors je m'attelle à ça aujourd'hui : observer mon comportement de lectrice, et l'agrémenter de quelques expériences.

Car au final l'objectif est-il simplement de lire ? ou bien de grandir par la lecture ?
par Sophie publié dans : Blabli, blabla...
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Mardi 18 septembre 2007
Film de 1966, avec Lino Ventura et Paul Meurisse.

Gustave Minda, dit Gu (Ventura), s'évade de prison. Il est recherché par toutes les polices de France.
Il doit partir à l'étranger, mais il n'a pas un rond. Il se retrouve ainsi mêlé à des histoires de crime et braquage, des histoires de gangsters quoi..., juste avant son départ.
A ses trousses, notamment, un flic très particulier, le commissaire Blot incarné magistralement par Paul Meurisse.

Film long et intense, Le deuxième souffle est en quelque sorte un "modèle du genre", le genre c'est à dire le polar avec toutes ses composantes fondamentales.
Des codes, si l'on veut, ou des clichés pour certains.
Mais sous la direction de Melville, avec l'appui de José Giovanni au scénario (et aussi auteur du roman d'origine), la notion de cliché s'évapore comme par magie.

Prestations d'acteurs remarquables, celles des deux acteurs principaux, mais aussi celle de Michel Constantin, dans le rôle de l'ami fidèle, et de Christine Fabréga dans le rôle de la soeur aimante et protectrice.

J'avais beaucoup aimé Le cercle rouge et Le samourai. Au point de considérer même que Le cercle rouge était un film parfait.
Mais dans Le deuxième souffle, il y a pour moi une dimension supplémentaire : il y a la perfection inhérente au talent de Melville, et il y a le côté réaliste et touchant du cinéma de Giovanni. Dimension humaine en plus de la maîtrise cinématographique.
Voilà pourquoi j'ai trouvé Le deuxième souffle encore meilleur que Le cercle rouge.

Dans ce scénario de Giovanni, Ventura est exploité au meilleur de ses capacités de jeu. Il est poussé dans ses retranchements, poussé à incarner un gangster qui n'a pas la "facilité" de se retrancher dans la froideur et l'indifférence comme Alain Delon dans les deux films cités plus haut. Il est poussé aussi à dépasser "Ventura qui fait du Ventura", il doit entrer profondément dans la peau de ce personnage aux abois, traqué, parano, vieillissant et meurtri par plusieurs années de prison.

Paul Meurisse quant à lui incarne un flic des plus intéressants. Un commissaire cynique et réaliste, voir sa scène d'ouverture, carrément comique de tant de sarcasmes : le flic qui arrive sur les lieux d'un crime commis dans un restaurant de malfrats, qui connait tous les protagonistes, qui sait pertinemment que personne n'ouvrira la bouche sauf pour lui dire des absurdités ou des banalités. Alors il devance ces absurdités, il les débite lui-même, il déclame le texte de chaque acteur avant même sue celui-ci ait pu y penser. Et il ne leur demande qu'un acquiescement final pour entériner l'absurde.

Par la suite, le commissaire Blot révèlera d'autres facettes de son talent, certaines plus obscures, plus manipulatrices. C'est LE flic par excellence, celui qui joue d'égal à égal avec les gangsters, qui connait tout le monde et qui connait aussi les relations qui régit tout ce beau monde. Qui connait les règles du milieu sur le bout des doigts, et peut se permettre d'en jouer pour servir ses fins personnelles.

Le deuxième souffle
met en scène justement, au-delà des personnages, ces fameuses "règles du milieu", ce code d'honneur, qui est en train de muter, de changer. Et cette mutation crée un nouveau monde dans lequel un pur et dur comme Gu se retrouve un peu perdu après des années derrière les barreaux.

On retrouve là-dedans tous les thèmes chers à Giovanni, et son attachement à un cinéma plus réel que fantasmé.
L'alliance avec Melville, qui apporte à Giovanni la main talentueuse pour concrétiser son histoire, est une réussite totale. Avec en bout de course un film impeccable autant sur le plan artistique et technique que sur le plan humain et sur le plan du polar en tant que genre complet, pertinent, ancré dans le réel.
par Sophie publié dans : Le polar au cinéma
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Mardi 21 août 2007

Film que je qualifierais de "à ambiance", parce qu'il ne s'y passe pas grand chose, au niveau rebondissements etc... Histoire assez linéaire, mais alors, quelle classe mes amis.
Voilà un film qui a de la gueule.

L'histoire est toute simple : 5 pros sont engagés pour protéger Mr Lung, grand boss de la pègre, que quelqu'un veut assassiner.
Ils sont chargés aussi de retrouver celui qui veut la peau du patron.

Voilà le pitch. C'est tout, pas un mot de plus.
Mais il n'est nul besoin de faire des films de trois plombes avec un scénar prise de tête pour faire du grand cinéma, Johnny To le démontre magistralement dans The mission.
Film à ambiance donc, celle-ci est plantée dès le générique de début, par une musique étonnante.
Quand j'ai entendu les premières notes, je me suis dit : s'il nous passe ça tout le film, je vais avoir mal aux oreilles.
Et pourtant, il l'a passée tout le film (avec pas mal d'autres musiques dans les mêmes tonalités, sonorités très électroniques, limite techno parfois), et j'ai eu tout sauf mal aux oreilles.
Adéquation impeccable musique / image.
Premier point.

Deuxième point, encore sur l'ambiance.
Johnnie To filme des types à la fois caricaturaux et totalement "natures". On est avec eux, on les suit, on les voit évoluer, répondre au téléphone (je me demande combien il y a de sonneries de téléphone dans ce film... un bon paquet), dégainer leurs flingues, conduire la bagnole du patron etc....
Tout ça avec classe et naturel.

C'est accentué justement par ce côté assez "quotidien" de la façon de filmer. Les coups de téléphone en sont une manifestation assez évidente pour moi. Les portables sonnent dans ce film, à peu près aussi souvent que dans la vraie vie. Et comme dans la vraie vie, aux moments les plus inadéquats.

Pour ce qui concerne la façon de filmer maintenant, je l'ai trouvée excellente. Il y a un bon paquet de scènes fabuleuses dans ce film, particulièrement les scènes de flinguades.
Et ces scènes de gros plans sur les flingues, encore fumants après avoir tiré, ou en train d'être démontés et remontés... mamma mia ! Elles ont de la gueule ces images.
Depuis John Woo, j'avais pas vu quelque chose qui ait autant de gueule.

C'est ostentatoire mais sans l'être. Difficile à expliquer. Ca se montre et en même temps c'est intégré au reste, avec un naturel parfait.

On pourrait se dire en lisant le pitch, voilà un énième film de gun fight asiatique, rien de neuf sous le soleil.
Mais dans The mission, Johnny To semble avoir puisé dans le meilleur de John Woo et Tsui Hark réunis, avec une touche personnelle supplémentaire qui donne toute sa puissance au film.

EXCELLENT FILM. Qu'on se le dise.  

Etude des personnages

(attention ce qui suit révèle tout ou partie de l'histoire...)

Dans les films de gangsters, assez souvent les personnages ne sont pas très intéressants "en tant que tels", ils le sont uniquement par rapport à leur rôle de gangster.
Là, tous les personnages sont excellents, très bien construits et bien interprétés. Il se dégage quelque chose de chacun des persos, même ceux qui apparaissent très peu.
Ca semble révéler un boulot monstrueux sur la mise en scène et la direction d'acteurs.

- Lung, le boss : celui qui est menacé de mort au début du film.
Ce personnage est très curieux. Il est tellement calme et tranquille par moments qu'on dirait un moine bouddhiste. Et à d'autres moments tellement craintif qu'on dirait un petit commerçant menacé par la Mafia.
C'est d'autant plus curieux que là, en l'occurrence, la "Mafia", c'est lui.
Il m'a fallu un bon moment dans le film pour arriver à me faire à l'idée que ce mec était un grand boss des triades.
Une scène tout à fait géniale, celle où il propose du café à ses gardes du corps dans la cuisine, alors qu'eux sont totalement embarrassés parce que la veille le boss a failli se faire tuer malgré leur présence.
Dans cette scène, c'est le moine bouddhiste qui parle, disant grosso modo qu'un homme dans cette position doit être préparé à "tout ça" : les tentatives d'assassinat, le hasard / le manque de chance etc...

Franck (Lung) : le frère du boss.
C'est manifestement lui qui gère l'aspect pratique des choses, c'est un homme d'action. Lui ressemble plus au gangster tel qu'on le connaît : se la pète un peu, intransigeant vis à vis de l'erreur. Ce personnage a quelque chose de menaçant, là où le boss au contraire a un côté très humain et rassurant.

L'oncle : un des personnages que j'ai préféré. On ne le voit pas beaucoup, trois apparitions dans le film, mais chacune de ses interventions est très marquante. Il se présente un peu comme un "jalon" dans le film, apparaissant à des moments-clés, d'ailleurs au niveau timing, je pense qu'il apparait au début, au milieu, et à la fin.
Gros bonhomme assez répugnant, il a un air de gros crapaud sournois, et pourtant quelque chose de très humain. Ce personnage m'a émue.
La scène où il apparait au début est magnifique, bien que toute simple. Quand Franck arrive il lui dit en substance "j'ai eu tellement la trouille que j'ai failli pisser dans mon froc", puis il s'en va se reposer sur les conseils de Franck.
Sa deuxième intervention, au milieu, est comme une charnière dans le film : on comprend par sa bouche que Lung n'est peut-être plus tellement soutenu même par ses proches, cette scène est ambigue, elle montre un reste de complicité et en même temps une possibilité de trahison.
La scène de fin également est excellente, la confrontation entre ce gros bonhomme qui bouffe ses nouilles et Franck qui vient lui dire que c'est fini, il a "perdu".

Aparté : les scènes où l'on voit des mecs mourir dans The mission sont toutes des petits bijoux, To "prend le temps" de la mort des personnages. Il les filme sans bacler, sans s'en aller trop vite.

Les gardes du corps :
Tous ces personnages sont montrés au début du film, comme si le réalisateur faisait les présentations avant de les rassembler pour la "mission".
On les voit évoluer chacun dans leur milieu, on se familiarise avec eux.

James : le gros au visage fermé qui bouffe des cacahouètes en permanence. Son passage est signé par les coquilles de cahouètes qu'il a semées derrière lui.
Personnage assez impressionnant, par ce côté très fermé et silencieux.
Voir la scène où Shin essaye d'engager la conversation avec lui, mais n'obtient aucune réponse à ses questions.

Roy : "petit" gangster qui dirige une rue, le genre dur mais cool. Assez juste.
Il se fait respecter mais ne tombe pas dans l'exagération psychopathe pour montrer que c'est lui le chef.
En même temps, c'est un personnage qui dégage un sentiment de fragilité, c'est celui qui au début semble avoir le plus de difficultés à s'intégrer dans le groupe de gardes du corps. Il est préoccupé par ce qui se passe sur son territoire en son absence, et il semble souvent ne pas avoir confiance en lui.
Plusieurs scènes le montrent transpirant, le regard hésitant voire affolé. C'est comme si à chaque situation critique, il craignait de s'en prendre une et en même temps de ne pas faire son boulot correctement.
Il semble être en permanence tiraillé entre une perspective "humaine" des choses, et une perspective "gangster".

Shin : le petit jeune de la bande, beau gosse, ouvert, souriant. Voir la scène où il se présente aux autres quand ils sont invités par le boss la première fois.
Il cherche manifestement un contact, ne rentre pas dans le moule gangster hautain et silencieux.
C'est lui aussi qui provoquera le clash dans le groupe, par ses frasques avec Madame Lung, lui qui mettra en danger tout le monde du fait de sa jeunesse et son insouciance. Mais c'est lui aussi qui, de ce même fait, soudera définitivement le groupe.

Mike : cheveux blonds, visage à mi-chemin entre jeunot et gangster chevronné.
Il ressemble pas mal à Shin sur plusieurs points, mais il a un côté plus réfléchi et plus expérimenté.
Personnage central dans le groupe, il fait le lien entre les deux sous groupes Shin-Roy, James-Curtis.
Des 5 gardes du corps, c'est lui qui est peut-être le plus téméraire, il monte au créneau facilement, s'expose à des risques. Il semble avoir aussi une passion et une connaissance des flingues supérieure à celle des autres (hormis peut-être James qui est le spécialiste et le pourvoyeur). Voir la scène où il écoute cliquer son flingue à vide, et demande à James de le lui rerégler (resserrer la détente ou je sais pas quoi).
Là où Roy tire presque "maladivement", comme dans un geste de désespoir, Mike tire avec le visage assuré, le bras ferme, il fait corps avec son flingue, totalement.

Curtis : celui qui est entouré d'un mythe à la manière des gangsters. Il était surnommé "le diable", il est totalement fiable pour ses employeurs, applique les ordres. C'est lui l'interlocuteur entre Franck et les autres gardes du corps. C'est lui d'une certaine façon le responsable de l'opération.
C'est à lui que Franck demande des comptes quand il apprend que Shin a eu une aventure avec la femme du patron.
De ce fait, Curtis est dans une position ambigue.
Il agit pour ses hommes (voir la scène où il tue Le Rat, le concurrent de Roy, pour tranquilliser celui-ci et lui enlever une préoccupation).
Mais il agit aussi pour le boss. Il "fait son boulot", plusieurs fois des mots similaires reviennent dns sa bouche.
C'est le plus dur des 5, celui qui est le plus imprégné de la "mentalité gangster".
Pour autant, ça ne l'empêchera pas à la fin de faire primer l'amitié du groupe sur le boulot qu'on lui a commandé, en sauvant juste les apparences.

Dernier personnage, très peu vu, mais pas des moindres : Madame Lung. La femme du patron.
Pour ainsi dire la seule femme du récit.
Personnage curieux, elle apparait au début comme très extérieure à tout ça, très "digne", femme de la haute, et femme à l'aspect extérieur irréprochable. Très énigmatique.
Et puis on apprend qu'elle a eu une aventure avec Shin, et plus ou moins dragué les autres. Ca vient compléter et en même temps infirmer la descrïption précédente.
Parce que Madame Lung n'est "que" le personnage féminin dans un monde masculin. Pendant un bon moment du film, on ne se pose même pas la question. Aussi bien elle pourrait ne pas apparaître. Une histoire de gangsters, une histoire d'hommes.
C'est rétrospectivement que sa présence prend tout son sens. Il y avait une femme parce que dans cette histoire d'hommes, il y a aussi un facteur féminin, et c'est celui qui provoquera à la fois la cassure et la cohésion finales.
Ce qui est tout à fait étonnant aussi est que cette petite histoire de "mari trompé" révèle à la fin, alors qu'on a l'impression que c'est déja terminé, une autre facette du patron gentil et rassurant.
Difficile de connaître les sentiments de Lung là-dessus, parce qu'à partir du moment où le commanditaire de l'assasinat est rayé de la carte, on ne voit plus Lung. On ne voit plus que Franck.
Celui-ci pourrait à la rigueur faire descendre Shin sans l'accord du patron, mais faire descendre sa femme dans le même temps, ça parait impossible sans que Lung soit au courant et d'accord.
Revirement de situation donc, et perspective beaucoup plus complexe du personnage du boss.

La synergie du groupe de gardes du corps :
Au départ, les cinq hommes sont présentés comme des "entités" bien séparées. Chacun son "territoire", ses compétences, sa personnalité.
Lors de la première rencontre entre eux 5, à l'exception de quelques signes de tête ponctuels, il n'y a aucune communication entre eux.
Ils sont rassemblés par le boss, pour le boss, autour du boss. Lung est leur point de jonction, et à la limite Curtis, qui fait l'intermédiaire.
Entre eux, peu de contacts, sauf peut-être Roy et Shin qui bossaient ensemble.

Ceci crée un sentiment bizarre vis à vis du groupe au début de la mission, sentiment qui semble partagé par les perspnnages : difficulté de chacun à trouver sa place dans l'ensemble et du coup difficulté du groupe d'être véritablement efficient.
Preuve : la deuxième attaque contre Lung, alors pourtant que ses 5 gardes du corps sont présents.
Ils n'ont pas trouvé encore leur unité, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas.
Témoin le moment où Roy part à la poursuite du tireur, et où les autres s'en vont sans l'attendre.
Cette scène est "clé" dans le film et dans la formation du groupe. A son retour (dans un taxi miteux envoyé par Curtis), Roy règle ses comptes avec Curtis, à coups de poings.
Les autres s'en mêlent, mais l'incident ne déborde pas plus que ça.
Peu de temps après, Curtis va régler son compte au concurrent de Roy. Ainsi le groupe se forme, chacun des hommes y prend enfin sa place et les déplacements en compagnie du patron deviennent beaucoup plus fluides.
Les gardes du corps deviennent capables d'anticiper les risques et de réagir efficacement. Dans ces manoeuvres, chacun prend le rôle qui lui sied le mieux. Chacun fait confiance aux autres pour compléter le "filet" qui protège le patron.
Voir dans cet ordre d'idées la scène de fusillade où ils attrapent enfin un des tireurs. Le type continue de tirer avec deux flingues pointés sur lui, dans son dos. Tant qu'il ne les voit pas, il tire. Et il tire sur les 3 autres restés dehors. Mais les deux hommes qui tiennent en joue le tireur ne se préoccupent pas de l'empêcher de tirer, comme s'ils faisaient implicitement confiance à leurs compagnons pour éviter les balles, se démmerder tout seuls.

Ainsi dans ce groupe, chaque homme occupe la meilleure place en regard de l'ensemble et de chacun des autres, pris individuellement.
Ceci est constaté explicitement par l'un des hommes alors qu'ils sont en train de fumer et boire un coup au bord de la piscine : "Notre groupe fonctionne bien".

La synergie commune est si forte qu'elle amène Curtis, le plus gangster chevronné des 5, à tricher avec le code gangster "je fais mon boulot, point barre". Il doit tuer Shin, pourtant il sortira de cette obligation et de ce rôle, en jouant sur les apparences. C'est assez magistral comme démonstration, et ça vient casser pas mal de représentations du gangstérisme, vu souvent comme "au-dessus" des préoccupations humains.
Dans Les affranchis, De Niro n'hésiterait pas à faire descendre son vieux pote de toujours (Ray Liotta), effaçant ainsi tout leur passé commun.

par Sophie publié dans : Le polar au cinéma
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